Pour ce nouvel entretien d’« Ils Font l’Alliance », nous mettons à l’honneur Quentin Zakoian, PDG et cofondateur avec sa sœur Séverine Zakoian d’Ernesti, un service qui met en lien des personnes âgées en perte d’autonomie avec des étudiants en santé pour leur offrir une garde de nuit. Ernesti, c’est une histoire de famille qui montre l’importance des actions intergénérationnelles. Découvrez les temps forts de cet échange !
Comment vous est venue l’idée de créer Ernesti ?
Quentin Zakoian : Ernesti, on l’a cofondé avec ma sœur Séverine, professionnelle de santé. À l’époque, notre mère, qui est médecin dans la région de Bordeaux, voyait souvent des patients en difficulté pour trouver quelqu’un pour assurer une présence la nuit. Un jour, elle s’est aperçue que l’une de ses patientes décalait régulièrement ses rendez-vous, pour prendre soin de sa propre mère jour et nuit. Alors notre mère lui a proposé que Séverine vienne passer la nuit auprès de sa mère pour lui permettre de se reposer un peu et ne plus manquer ses rendez-vous médicaux.
Cette première expérience a beaucoup plu à Séverine, qui a continué à proposer ce type d’accompagnement à d’autres familles. Et c’est là qu’on a eu le déclic : pourquoi ne pas structurer ça et créer un service qui mette en lien des personnes en perte d’autonomie avec des étudiants en santé, pour leur offrir une présence rassurante pendant la nuit ?
Est-ce que l’entrepreneuriat était déjà dans vos projets avant ? Quels sont les obstacles que vous avez rencontrés lors de cette expérience ?
QZ : Honnêtement, l’entrepreneuriat, ce n’était pas vraiment dans mes plans au départ. Mais le fait de lancer Ernesti en famille avec ma sœur, m’a beaucoup aidé. On a cette confiance instinctive, presque aveugle qui permet d’avancer sans trop se poser de questions.
Un des obstacles les plus durs au début c’était clairement de se faire connaître. Quand on part de zéro, sans réseau ni notoriété. C’est un vrai défi de faire exister une idée même bonne sur le marché. Mais ce qui me motive au quotidien, c’est de me dire que grâce à ce qu’on construit, des étudiants peuvent aider des personnes âgées à rester chez elles, dans de bonnes conditions. Et puis, j’aime cette sensation de liberté, de pouvoir créer une structure à notre image, un peu comme un capitaine qui construit son propre bateau et choisit sa direction.
Quels sont les principaux enjeux de votre secteur aujourd’hui ?
QZ : C’est un secteur qui n’est pas forcément simple, surtout dans le modèle mandataire. On est un peu dans un rôle de coordinateur et pour les particuliers, ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver. Il y a encore pas mal de freins administratifs : par exemple, on ne peut toujours pas bénéficier de l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) qui n’est pas compatible avec l’Avance Instantanée du Crédit d’Impôt. Donc les familles doivent avancer l’argent, et ça peut en décourager certaines. Le but, c’est que ce service soit plus simple, plus clair et mieux soutenu par les pouvoirs publics.
Où voyez-vous Ernesti dans 10 ans ?
QZ : Dans 10 ans, j’aimerais que Ernesti soit devenu un réflexe pour tout le monde. Que lorsqu’une famille a besoin d’une présence de nuit pour un proche en perte d’autonomie, elle pense naturellement à nous. Et j’espère aussi que du côté des étudiants en santé, ça deviendra un vrai tremplin. Parce qu’en restant plusieurs nuits auprès d’une même personne en perte d’autonomie, ils apprennent énormément : ils voient l’évolution d’une pathologie, ils développent une vraie relation humaine et ça les fait grandir. L’idée, c’est aussi de valoriser ces expériences dans leur parcours. De reconnaître à leur juste valeur ce que ces gardes de nuit leur apportent.
Quelles sont les dernières grandes actualités de votre entreprise ?
QZ : En ce moment, on vient de renouveler notre partenariat avec AG2R La Mondiale et Malakoff Humanis. Ce qui est une très bonne nouvelle. Et pour 2025, on veut aller plus loin, en structurant vraiment notre approche terrain. On a déjà tenté, il y a quelques années, de travailler de manière plus directe avec les acteurs de proximité comme les assistantes sociales des hôpitaux, les MDPH, les mairies… Mais c’était assez compliqué à mettre en place à il y a quelques années. En 2025, on a posé de meilleures bases donc l’objectif, c’est vraiment de pouvoir aller à leur rencontre de manière plus efficace et régulière, parce que ce sont des relais essentiels pour les familles.
